Dès avant la création d’Antidote Europe, ses futurs membres fondateurs avaient développé une argumentation (mise à l’épreuve lors de nombreux débats avec des chercheurs défendant l’expérimentation animale) démontrant qu’aucune espèce animale n’est le modèle biologique d’une autre (voir https://antidote-europe.eu/programme-de-toxicologie-scientifique-pts/).
Une espèce est définie par son isolement reproductif, ce qui signifie que les membres d’espèces différentes ne peuvent pas se croiser (un chien ne peut pas se croiser avec un singe). Cela est la conséquence du fait qu’une espèce donnée a un patrimoine génétique unique, qu’il s’agisse du nombre et de la structure des chromosomes ou de la régulation de l’expression des gènes. La biologie moderne a mis en évidence que le patrimoine génétique d’un individu détermine les activités biologiques précises de ses cellules, tissus et organes. Ainsi, les individus d’espèces différentes ont des patrimoines génétiques différents et présentent donc des activités biologiques différentes.
D’autres arguments tels que preuves empiriques, théorie de la complexité ou biologie de l’évolution, aboutissent à la même conclusion : « même si les critiques légitimes aux modèles animaux étaient levées, par la standardisation des protocoles et par les revues systématiques, les modèles animaux continueraient à échouer en tant que modalités prédictives des réponses humaines aux médicaments ou aux maladies » (voir note n°8 sur http://antidote-europe.org/publications-presse-scientifique/ [vérifier que les liens fonctionnent] et, en particulier, la version française sur https://antidote-europe.eu/public/IntJMedSci.pdf).
Le chimpanzé, notre parent le plus proche en termes évolutifs, n’a pas les mêmes réactions biologiques que nous face à certains virus. Il a cessé d’être utilisé pour la recherche. En 2015, l’Institut national de la santé des États-Unis (NIH) déclarait qu’il ne financerait plus la recherche biomédicale sur le chimpanzé (voir la référence et autres informations pertinentes sur https://antidote-europe.eu/doit-on-encore-experimenter-singes/). Si la recherche biomédicale peut se passer des chimpanzés, qui seraient en théorie le meilleur modèle biologique possible de l’être humain, pourquoi ne pourrait-elle pas se passer des modèles singes encore moins semblables à nous ? Ou des modèles chiens ? Ou des modèles rats et souris ?…
Il existe des méthodes fiables pour évaluer la toxicité des substances chimiques pour l’être humain. Plusieurs de ces méthodes sont plus faciles à mettre en oeuvre, moins coûteuses et plus rapides que les essais sur des animaux (voir notre dossier sur https://antidote-europe.eu/methodes-alternatives-recherche-animale/). En aidant à identifier des substances toxiques, leur utilisation à grande échelle permettrait une meilleure prévention en matière de santé humaine et une meilleure protection de l’environnement.
Au contraire, en se basant sur des essais sur des animaux, quand on sait qu’un même produit peut être déclaré inoffensif ou cancérigène selon l’espèce animale sur laquelle il est testé, il semble évident que l’expérimentation animale est un outil précieux pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché de produits, même dangereux.
En interpellant des chercheurs qui utilisent des animaux, des responsables des agences de réglementation, des responsables politiques, des industriels, des médecins, des étudiants, des journalistes… et le grand public en général, Antidote Europe place les personnes qui soutiennent encore l’expérimentation animale face à leur responsabilité dans la dégradation de la santé humaine, dans la pollution de l’environnement, dans l’hécatombe inutile d’animaux dans les laboratoires.
Nous ne faisons pas que dénoncer. Nos chercheurs ont participé à des études scientifiques.
– Dès 2005, alors pionniers dans ce domaine, nous proposions l’utilisation de puces à ADN pour évaluer des effets toxiques en mesurant l’activité de certains de nos gènes dans des cellules humaines exposées à des substances chimiques (voir note n°2 sur http://antidote-europe.org/publications-presse-scientifique/ [vérifier que les liens fonctionnent]). La « toxicogénomique » (c’est ainsi que se nomme cette technique), la pharmacogénomique (lorsque la substance à tester est un médicament) et bien d’autres « omiques » sont devenues, depuis, d’un usage courant dans les laboratoires du monde entier.
– En 2012, nous mettions en évidence certains effets des « cocktails » de pesticides sur des cellules neuronales humaines en culture, là aussi, faisant oeuvre de pionniers pour proposer des méthodes d’évaluation fiables de plusieurs substances combinées (voir note n°6 sur http://antidote-europe.org/publications-presse-scientifique/ [vérifier que les liens fonctionnent]).
Image : La Notice d’Antidote – sept 2012 (n°32) – « Nos neurones victimes des pesticides »
Légende : Nous sommes quotidiennement exposés à des pesticides et autres substances chimiques dont les effets sur la santé humaine n’ont pas été correctement évalués. Beaucoup de pesticides s’attaquent à nos neurones. Il est possible (nous l’avons fait !) de mettre en évidence ces effets sans recourir aux essais sur des animaux. Des essais sur des cellules humaines nous renseignent de façon fiable sur les bouleversements provoqués sur l’expression de nos gènes par ces pesticides.
Une substance chimique destinée à devenir médicament pour l’être humain est d’abord testée sur des animaux et ensuite sur des personnes, volontaires sains puis malades. Sur dix substances testées avec succès sur des animaux, une seule parvient à franchir toutes les étapes des essais sur l’être humain (dits « essais cliniques ») et à faire l’objet d’une autorisation de mise sur le marché (AMM). Cela signifie que les essais sur des animaux ont un taux d’échec… de 90 % !
Le fait que les essais sur des animaux précèdent ceux sur l’être humain écarte des médicaments potentiellement efficaces et sûrs pour nous mais présentant les caractéristiques contraires sur des animaux. Le taux d’échec des essais sur des animaux est donc probablement bien supérieur à 90 %. Pour reprendre l’expression de Thomas Hartung, professeur de toxicologie, « nous ne sommes pas des rats de 70 kilos ! ».
Les autorités de réglementation, telles la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis et l’Agence européenne du médicament (EMA) exigent que les firmes pharmaceutiques fournissent des données montrant que les médicaments sont sûrs et efficaces. Mais comment sont obtenues ces données est largement laissé au choix du fabricant. Celui-ci fournit, de préférence, des données avec lesquelles les autorités sont familières. Ainsi, les essais de routine sur des animaux sont plus facilement acceptés que des données obtenues par des méthodes modernes sans recours aux animaux, car les autorités ont moins l’habitude de traiter ces dernières.
Antidote Europe alerte sur le danger que courent les premiers êtres humains volontaires pour tester les candidats-médicaments. Leur « consentement éclairé » doit être recueilli par écrit. Mais quel éclairage fournissent les données dont ils disposent ? (voir https://antidote-europe.eu/le-consentement-aux-essais-de-medicaments-peut-il-etre-eclaire/).
Aux États-Unis, un progrès se profile depuis que le FDA modernization act supprime l’obligation de tester les candidats-médicaments sur des animaux avant de les tester sur l’être humain. Hélas, de la loi à la pratique, la route peut encore être longue. Pour appliquer la loi, la FDA doit harmoniser un certain nombre de ses réglementations. L’Europe suivra-t-elle ? Nous surveillons !