Déjà trop de singes !
Déjà trop de singes !
Alors que d’autres pays utilisent de moins en moins de singes pour des expériences scientifiques, la France se prépare à en élever davantage. Dans le cadre du « Plan France 2030 », le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) voudrait agrandir son élevage de singes situé à Rousset, près de Marseille, pour en faire le « Centre national de primatologie » (CNP). Dans un article précédent, nous avons rendu compte de notre très active implication dans la campagne d’opposition à ce projet, en collaboration avec plusieurs autres associations, ainsi que de quelques-uns de nos arguments contre l’utilisation de singes pour la recherche biomédicale (https://antidote-europe.eu/davantage-de-singes/).
Voyons ce qu’il s’est passé depuis !
Le 16 décembre 2025, le CNRS publiait le rapport (quelque 150 pages !) du garant de la concertation préalable. Les positions opposées au projet y sont notées mais l’accent est davantage mis sur le débat éthique que suscite l’utilisation de singes pour la recherche fondamentale plutôt que sur les arguments scientifiques qui remettent en question le « modèle animal » ou la futilité de certaines expériences faites sur les singes. La possibilité d’utiliser des méthodes alternatives a été mentionnée. Des problèmes environnementaux que pourrait poser le CNP ont aussi été notés. Bien que le garant demande de « préciser l’option zéro de non-réalisation du projet » (page 4), il était bien peu probable que cette option soit celle retenue par le CNRS. Dans ses recommandations, le garant proposait surtout de continuer à donner des informations au public.
D’autres aussi disent : Non !
Sans attendre la conclusion du CNRS, un avocat lançait la pétition « Halte à l’Expérimentation animale et Gel du Projet du CNRS à Rousset ». En à peine quelques semaines, près de 30.000 signatures étaient déjà recueillies ! Nous vous invitions à la signer et nous réitérons notre invitation. Pour ajouter votre signature et lire le texte entier de la pétition : https://www.mesopinions.com/petition/animaux/finir-experimentation-animale/273178
Le 20 janvier 2026, neuf eurodéputés exprimaient leur « profonde préoccupation, et par conséquent [leur] opposition au projet ». À l’initiative de Mme Tilly Metz, eurodéputée luxembourgeoise écologiste, les signataires rappellent que « l’UE s’oriente de plus en plus vers des approches innovantes, centrées sur l’humain, et ne recourant pas à l’expérimentation animale. Ces approches fournissent des informations plus pertinentes et plus fiables pour l’humain ». Le projet de CNP va à contre-courant des développements observés, par exemple, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et aux États-Unis. La lettre cite un sondage indiquant que 86 % des citoyens français soutiennent une interdiction totale de l’expérimentation animale (https://tillymetz.lu/wp-content/uploads/2026/01/Courrier-eurod%C3%A9put%C3%A9s_Projet-du-Centre-national-de-primatologie-%C3%A0-Rousset.pdf).
Le COMETS s’interroge
Le 27 janvier 2026, le comité d’éthique du CNRS (COMETS) publiait un avis sur l’utilisation d’animaux à des fins scientifiques. Le PDG du CNRS a interrogé le COMETS sur cette question en même temps qu’il chargeait la Commission nationale du débat public d’organiser la concertation préalable sur le projet de création du CNP à Rousset.
Le COMETS formule quatre recommandations au sujet de la recherche sur des animaux en général, appelant à mieux justifier chaque projet utilisant des animaux, à mieux rendre compte des résultats -y compris s’ils sont négatifs !-, à développer davantage les méthodes alternatives et à ce qu’il puisse y avoir un débat « sur l’utilisation des animaux à des fins scientifiques, sur sa légitimité, ses modalités et ses résultats ».
Au-delà de ces recommandations générales, nous nous sommes particulièrement intéressés au commentaire concernant le CNP. Loin d’appuyer sans réserve le projet, le COMETS « s’interroge toutefois sur la pertinence stratégique et économique du projet (…) sur l’utilisation de primates non humains en recherche académique en termes de rapport « avantages pour la société – dommage pour les primates » (…). Il se demande toutefois si et comment ont été prises en compte, dans la conception du projet de CNP, les interrogations de fond qui sont aujourd’hui posées, y compris par des scientifiques ». Nous avons été heureux de lire que des « questions d’acceptabilité des recherches qui utilisent ces animaux » concernent, parmi les premières, « la pertinence du « modèle primate » pour étudier les maladies humaines (prédictivité des résultats, caractère transposable à l’humain) », une pertinence qu’Antidote Europe conteste sans relâche !
L’avis mentionne que « l’une des membres du COMETS (…) a souhaité prendre une position divergente concernant le projet de Centre national de primatologie auquel elle recommande de s’opposer, considérant que la France recourt actuellement de manière excessive aux primates non-humains dans la recherche fondamentale ». L’annexe 2 de l’avis publie cette position divergente donnant de nombreuses informations sur l’utilisation des singes et plusieurs arguments contre cette utilisation (https://comite-ethique.cnrs.fr/wp-content/uploads/2026/02/AVIS-2026-48.pdf).
Plus de singes en France qu’ailleurs
Selon les chiffres du COMETS, il y a eu en France 1.022 utilisations de primates en 2022, contre 239 en Allemagne, 182 aux Pays-Bas et 43 en Espagne. Un même singe pouvant être utilisé plusieurs fois pour différents projets de recherche, le nombre de primates utilisés est inférieur au nombre d’utilisations de primates. En 2022, il y aurait eu 563 primates utilisés en France, contre 144 en Allemagne et 174 au Royaume-Uni. Toutes les statistiques signalent un nombre de singes et d’expériences sur des singes supérieurs en France par rapport aux autres pays européens.
Ainsi encore, la directrice de recherche ayant signé la « position divergente » note que, toujours en 2022, “la France a déclaré à la CITES l’importation de 1 137 macaques destinés à la recherche biomédicale, en provenance de l’île Maurice et du Vietnam, alors que l’Allemagne n’en a importé que 5. Pour autant, cet usage accru ne se traduit ni par un leadership scientifique en neurosciences, ni par une supériorité en matière de production de connaissances biomédicales, comme le montre le nombre de publications et de brevets, inférieur à celui de l’Allemagne”.
La fin appelle la suite
Le 17 février 2026, le CNRS publiait sa décision en réponse à la concertation préalable et à l’avis du COMETS. Force a été de constater que les recommandations et conclusions de ces deux rapports n’ont pas été prises en compte. Les associations qui ont participé à la concertation préalable ne se satisfont pas de la réponse du CNRS et préparent la suite.
Déjà, un communiqué de presse a été diffusé le 23 février 2026 par quatre associations: voir notre rubrique https://antidote-europe.eu/dans-les-media/. Antidote Europe était co-signataire.
Le 26 février 2026, une lettre était envoyée au président directeur général du CNRS par quatre associations. Antidote Europe était également co-signataire.
Au moment de mettre à jour cet article, d’autres actions sont en préparation. Revenez bientôt !
