Le glyphosate attaqué en justice par Antidote Europe

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Après plus de trois années de travail avec un avocat, nous étions entendus au Tribunal de l’Union européenne en mars 2026 au sujet de la possible toxicité du glyphosate. Fabricant et autorités prennent en compte des données obtenues par des essais sur des animaux ; nous demandons la prise en compte de données humaines.

Depuis quelques années, Antidote Europe mène des actions avec le concours d’avocats. Dénonçant le risque de se fier aux résultats de l’expérimentation animale pour des applications à la santé humaine, pas moins de cinq dossiers, reposant sur de solides arguments scientifiques, sont en cours. Le 18 mars 2026, le premier était présenté et défendu en audience au Tribunal de l’Union européenne (TPIUE) par Me Arnaud Durand, spécialiste en questions de santé.

Nous étions opposés rien moins qu’à la Commission européenne (CE) soutenue par Bayer Agriculture B.V. dans le cadre de la réautorisation du glyphosate pour dix ans, prononcée par la CE en novembre 2023.

Cette substance chimique est le principe actif de l’herbicide Roundup, très utilisé dans le monde entier. De nombreuses batailles scientifiques et juridiques ont fait et font rage au sujet de ses possibles effets toxiques pour la santé humaine.

Utiliser des données fiables

Le sujet étant très vaste, nous nous sommes focalisés sur des études concernant de possibles effets cancérigènes. Nous demandons la prise en compte de données humaines fiables et indépendantes, alors que les autorités de réglementation acceptent aussi bien des résultats d’essais sur des animaux.

Dès 2023, nous contactions un cabinet d’avocats déjà en rapport avec plusieurs associations, notamment de défense de l’environnement. Différents recours étaient envisagés. Dans un premier temps, nous avons déposé, avec d’autres associations, une “demande de réexamen interne” du règlement réautorisant le glyphosate. Cette demande, adressée directement à la CE en janvier 2024, a été rejetée au cours de l’été suivant.

Or, notre dossier était solide, en particulier grâce à des données publiées ces dernières années. La CE avait-elle connaissance de ces données ? Sur le conseil de notre avocat et, bien sûr avec son concours, nous avons déposé un recours auprès du TPIUE en septembre 2024.

Agir en concertation

Parallèlement, d’autres associations, dont Pollinis (France) et une association allemande, s’adressaient à la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) et, le 19 novembre 2025, fait très encourageant pour nous, obtenaient une réponse en partie positive : la CE n’aurait pas dû réautoriser le glyphosate pour dix ans mais seulement pour une année. Elle aurait commis une “erreur de droit”.

Début décembre 2025, nous recevions une bonne nouvelle : notre recours serait examiné au TPIUE le 18 mars 2026. Nous y étions ! De même que le Collectif des maires anti-pesticides.

Un tribunal attentif

L’audience faisait suite à de nombreux échanges par écrit entre le Tribunal et les deux parties en présence. Les arguments étaient donc connus à l’avance et les nôtres, basés sur le principe de précaution et la non-justification des essais sur des animaux, n’étaient pas des moindres.

“L’audience a duré plus de 5h30. Les échanges ont été nourris, et il est apparu clairement que la rapporteure avait approfondi certaines des questions soulevées”, a commenté Me Durand à l’issue

de cette audience.

Quant à l’absence de justification des essais sur animaux, c’est, à notre connaissance, la première fois qu’elle est débattue devant un tribunal ! Me Durand déplore qu’elle n’ait pas eu la place qu’elle méritait. Toutefois, la question de l’utilisation de l’expertise scientifique dans les processus d’approbation fait s’interroger notre avocat : “La Commission européenne a-t-elle réellement procédé à un réexamen des alertes scientifiques qui lui avaient été soumises avant de confirmer la réautorisation du glyphosate pour dix ans ?” En conclusion, “le Tribunal a poussé la CE dans nombre de ses retranchements”.

Antidote Europe a réussi à se faire entendre devant un tribunal en tant qu’expert scientifique. La décision du juge, attendue dans quelques mois, ne pourra rien enlever à ce succès.

La relève pour le glyphosate ?

Le 13 décembre 2025, nous écrivions à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES). D’une part, des études scientifiques récentes suggèrent une possible action néfaste du glyphosate sur le microbiote intestinal, dont le rôle dans le maintien d’une bonne santé (immunité, métabolisme, etc.) est de plus en plus mis en évidence. D’autre part, Bayer propose un nouveau produit, l’icafoline méthyl, pour éventuellement remplacer le glyphosate. Nous demandions à l’ANSES si les études sur l’impact du glyphosate sur le microbiote intestinal sont bien prises en compte et s’il est prévu de demander à Bayer de faire des essais in vitro pour prouver l’innocuité de l’icafoline méthyl pour le microbiote intestinal humain.

Le 26 mars 2026, nous recevions la réponse. Au sujet des possibles effets du glyphosate sur le microbiote, l’ANSES nous signale que des études publiées dans la littérature scientifique ont été prises en compte par les autorités de réglementation… mais que « aucune conclusion définitive n’a résulté de cette revue de la littérature » ! Nous constatons encore une fois que les exigences réglementaires ont plusieurs années de retard sur les connaissances scientifiques. Pendant ces années, nous sommes donc exposés à des risques mal évalués.

Au sujet de l’icafoline méthyl, l’ANSES nous apprend que cette substance est en cours d’examen et qu’une consultation publique est ouverte. Nous étudions les possibles suites à donner à cette action.

Dans le cadre de cette campagne, nous avons diffusé un communiqué de presse. Nous espérons avoir d’autres contacts avec les médias lorsque le Tribunal aura prononcé sa décision.