Pour la première fois, nous pouvons intervenir dans l’élaboration des lois. Mais attention : cette occasion et unique ! Nous n’avons plus que quelques mois pour atteindre le million de signatures. L’engagement de chacun est essentiel, nous comptons sur vous.
Article paru dans La Notice d’Antidote n°35
Nous vous avons déjà parlé de cette action très importante : l’initiative citoyenne européenne (l’ICE) « Stop Vivisection ». Non, ce n’est pas une pétition ! Bien que cela puisse se présenter de la même façon (une collecte de signatures), la différence est de taille : une pétition n’a nulle valeur contraignante sur son destinataire alors que l’ICE contraint la Commission européenne à examiner la législation sur laquelle elle porte. Une ICE est une participation des citoyens européens à l’élaboration des lois.
Avec d’autres associations et d’autres scientifiques, nous avons lancé l’ICE « Stop Vivisection », demandant une loi « visant à mettre fin à l’expérimentation animale et de rendre obligatoire, pour la recherche biomédicale et toxicologique, l’utilisation de données pertinentes pour l’espèce humaine. » Toutes les informations sur le site officiel : www.stopvivisection.eu.
Une ICE ne peut réussir que si un million de signatures sont recueillies en l’espace d’un an, avec un minimum de signatures imposé pour chaque pays membre de l’Union européenne. A l’heure de boucler cette Notice, l’ICE a déjà recueilli plus de 250 000 signatures (en ligne et sur papier). La moitié du délai s’est écoulée mais la collecte s’accélère au fur et à mesure que les citoyens sont au courant et que de nouvelles associations s’inscrivent pour participer. C’est pourquoi nous pouvons réussir !
Journée Stop Vivisection
Le 15 juin 2013 sera la Journée européenne Stop Vivisection. Plus de 10 000 personnes se sont enregistrées pour collecter des signatures.
Si vous avez déjà signé et fait signer tous vos proches, vous pouvez aussi aider :
– en écrivant aux associations dont vous êtes membre pour les remercier et les féliciter de prendre part à cette ICE si elles font partie du comité de soutien, ou en leur demandant d’y prendre part si vous ne les trouvez pas sur la liste (voir liste complète à jour sur le site officiel) ;
– en relançant tous vos contacts (particuliers, associations, journaux auxquels vous êtes abonnés…) périodiquement pour qu’ils signent et fassent signer l’ICE ;
– en distribuant des tracts informant sur l’ICE (A5, couleur, recto verso ; n’hésitez pas à nous demander la quantité que vous pouvez distribuer).
Font déjà partie du comité de soutien (par ordre alphabétique) : ADDA, Anima Naturalis, Animal Aid, Animal Liberation Bulgaria, Animal Rescue Sofia, Animalia, Animals Asia Foundation, Animaux en péril, Antidote Europe, ARAN, Argos Animal Sanctuary, Ärzte gegen Tierversuche, Association La Griffe, CIVIS, Coalition Anti Vivisection, Comitato scientifico Equivita, Cruelty Free Malta, Dierenood, Dierennoodhulp, Djurrattsalliansen, EDEV, Eesti Loomakaitse Selts, Fondation Brigitte Bardot, Green Zebra, Igualdad Animal, International Campaigns, Lajka, LAV, LEAL, Limav, L214, Oïkos Kai Bios, OIPA, One Voice, Partito Animalista Europeo, Pes Mojprijatlj, Réseau Animavie, Respectons, SPA, Suomen Eläinsuojeluyhdistys SEY, Tiewrversuchsgegner Berlin und Brandenburg, UNA, Vegan Malta, Veganska Iniciativa, Vox Anima, VIVA!, Wancisi, WWF.
Autres événements prévus
C’est notre antenne francilienne qui se charge de la promotion de l’ICE et de l’organisation de la collecte de signatures. Angela Tandura et son équipe ont pris de très nombreux contacts, participent à des actions et à des tenues de stands où est présenté le formulaire pour signer sur papier.
Le 25 mai, nous serons présents à un rassemblement statique en soutien à la manifestation qui se déroulera à Milan le même jour. Stands des associations participantes, discours, distribution de tracts. Antidote Europe tiendra un stand en vue de recueillir des signatures pour l’ICE. Si l’accord de la préfecture est obtenu, l’événement aura lieu place du Panthéon, à Paris, de 14 à 18h. Nous savons que cette Notice ne paraîtra pas à temps mais nous espérons qu’il y aura affluence et nous remercions très vivement le collectif 269 Life France pour son invitation.
Un humoriste nous a proposé de se produire bénévolement pour l’un de ses spectacles au profit d’Antidote Europe et, en particulier, de l’ICE. La date et la salle ne sont pas encore confirmées.
Michèle Scharapan, pianiste de renommée internationale qui avait déjà joué au profit d’Antidote (voir La Notice d’Antidote n°17) nous propose de donner un nouveau concert. Elle sera en compagnie de Thomas Gautier, violoniste, et Johanne Mathaly, violoncelliste. Nous vous en reparlerons dans la prochaine Notice mais retenez déjà la date et le lieu : dimanche 13 octobre, à 18h, au Cercle Bernard Lacaze (10 rue St-Claude ; 75003 Paris ; Mo St-Sébastien Froissart).
A vos formulaires !
Vous pouvez signer en ligne jusqu’au 31 octobre inclus. Par contre la collecte de signatures sur papier se termine le 30 septembre et, en raison du temps nécessaire pour trier les formulaires et les transmettre, nous vous demandons de nous envoyer vos formulaires signés le 10 septembre au plus tard.
Il est inutile de signer sans donner un numéro de pièce d’identité ; ces signatures seront rejetées par la Commission européenne. Nous vous rappelons que l’ICE n’est pas une pétition mais une participation à l’élaboration des lois, tout comme peut l’être un vote. C’est pour cette raison qu’un numéro d’identité vous est demandé, tout comme un document d’identité vous est demandé quand vous allez voter. Vos données personnelles sont sécurisées, elles ne pourront pas être utilisées à d’autres fins que l’ICE.
Légende : Une personne signant l’initiative citoyenne européenne Stop Vivisection sur le stand pour la Journée mondiale des animaux de laboratoire, à Paris. Nous remercions vivement International Campaigns pour son rôle très actif dans la collecte de signatures.
Les méthodes d’enseignement de la biologie et de la médecine humaines sans dissections ni expériences sur des animaux sont au point et à la pointe. Des centaines de méthodes ont déjà fait leurs preuves et de nouvelles méthodes sont progressivement développées. Elles satisfont les enseignants, les étudiants… et les comptables, car elles sont généralement moins chères que l’expérimentation animale. Leur succès rend notre époque « très excitante », nous dit Nick Jukes.
Nick Jukes est le coordinateur du Réseau international pour un enseignement respectueux (International Network for Humane Education -InterNICHE- ; www.interniche.org) : des individus et des campagnes pour la transformation des cursus universitaires et scolaires et pour le remplacement de l’expérimentation animale dans l’enseignement et la formation en sciences de la vie. Il est le co-auteur du livre « Du Cobaye à la souris numérique : méthodes alternatives pour un enseignement respectueux progressif » (Guinea Pig to Computer Mouse: Alternative Methods for a Progressive, Humane Education) et du film « Alternatives dans l’enseignement », tous deux lauréats de prix. Il a contribué à lancer d’autres ressources et projets sur les alternatives, dont le Prix pour un enseignement respectueux (Humane Education Award), huit bibliothèques internationales d’alternatives, ainsi que le site internet d’InterNICHE avec ses bases de données. Il a co-organisé des conférences et des séminaires de formation en Amérique latine, Europe, Moyen-Orient, Afrique, Asie centrale et en Inde. Il produit actuellement un nouveau film sur les alternatives dans l’enseignement et la formation des futurs vétérinaires et co-organise la prochaine conférence globale d’InterNICHE.
Les expériences sur des animaux se font, principalement, dans trois domaines : la toxicologie, la recherche biomédicale et l’enseignement des sciences de la vie. Nous vous parlons le plus souvent des deux premiers mais voici une interview qui va nous éclairer sur les possibilités de remplacer les animaux dans le troisième. L’enseignement est le domaine dans lequel le remplacement total de l’expérimentation animale par des méthodes modernes et performantes serait le plus facile à réaliser. Aucune loi n’impose d’utiliser des animaux dans l’enseignement (contrairement à ce qui se passe en toxicologie) ; il n’y a pas d’avantages particuliers à utiliser des animaux (contrairement à ce qui se passe dans la recherche où l’expérimentation animale fournit des résultats rapides et facilement publiables).
Nous recevons parfois des appels au secours d’étudiants en biologie qui refusent d’expérimenter sur des animaux. Hélas, nous ne pouvons guère les aider individuellement car il s’agit là -l’objection de conscience- d’un combat éthique en dehors de notre champ d’action. Par contre, nous pouvons agir pour que plus aucun étudiant ne soit confronté à ce terrible choix : faire souffrir et tuer un animal ou mettre en danger son cursus universitaire. Nous le pouvons et nous le devons d’autant plus que, comme en toxicologie et en recherche biomédicale, les « modèles animaux » sont de bien piètres outils pour apprendre et comprendre l’anatomie, la physiologie et les pathologies humaines. Notre campagne à ce sujet est encore trop embryonnaire pour que nous puissions vous en parler mais nous avons déjà pris contact avec d’autres associations et vous entendrez parler d’Antidote Europe dans ce domaine-là aussi.
En attendant, nous vous présentons l’interview de Nick Jukes, l’un des plus grands spécialistes au monde de méthodes sans animaux pour l’enseignement de la biologie et de la médecine avec lequel, bien entendu, nous restons en contact.
Antidote Europe (AE) :Vous êtes physicien de formation. Pourriez-vous raconter à nos lecteurs comment vous en êtes venu à diriger l’organisation la plus efficace au monde œuvrant pour le remplacement des animaux dans l’enseignement ? Un événement a-t-il infléchi le cours de votre carrière ou la transition s’est-elle faite graduellement ?
Nick Jukes (NJ) : Je me suis toujours intéressé aux arts et aux sciences mais j’ai choisi les sciences à l’université. Vers la fin de mes études, en raison d’une vibrante atmosphère de débats et de campagnes, mon soutien à la cause environnementale et animale a grandi. A la fin des années 1980, j’ai pris une part active à la direction du groupe vert radical local, abordant un vaste panel de sujets, de la vivisection à l’anarchisme, de la santé aux droits de l’homme.
Une éducation scientifique peut théoriquement encourager la pensée critique, mais enseigne souvent la conformité et l’évitement du concept de responsabilité sociale. J’ai réalisé que ma véritable éducation s’était faite par l’activisme politique de base et dans la communauté des militants. Dans les années 1990, mon travail et ma vie ont été une combinaison d’action directe pacifique, de création de réseaux d’informations, de projets de permaculture et de promotion d’alternatives aux méthodes impliquant de la souffrance animale.
Ce dernier travail, je l’ai fait au sein d’EuroNICHE, après avoir assisté à une de leurs conférences en 1989. Tandis que le réseau que je dirigeais alors devenait mondial, nous l’avons appelé InterNICHE et j’ai apprécié le potentiel de l’organisation pour responsabiliser le public et créer un changement radical et durable.
Bien qu’InterNICHE puisse paraître avoir un champ d’action restreint, nous touchons à des problèmes complexes : comment différentes formes de discrimination et d’exploitation sont liées entre elles, et comment une approche holistique peut avoir des retombées positives sur l’éducation, les professions et la société dans son ensemble. Ceci est clairement illustré par la convergence des droits des étudiants à un enseignement éthique et de bonne qualité d’une part, et les droits et la liberté des animaux d’autre part. Nous portons une vision courageuse d’un enseignement respectueux et du remplacement total des méthodes utilisant des animaux. Notre approche pour faire de cette vision une réalité est créative et axée sur les solutions. Malgré ses défis, le travail pour aider à catalyser de nombreuses petites révolutions dans la psychologie et la pratique des individus à travers le monde est très gratifiant.
AE :Pouvez-vous faire à nos lecteurs un résumé de votre travail ? Vous concentrez-vous sur l’enseignement universitaire ou abordez-vous les autres niveaux également ? Quels pays avez-vous visité au cours de vos campagnes ?
NJ : Nous travaillons surtout sur les programmes universitaires de biologie, médecine humaine et médecine vétérinaire. Les méthodes impliquant de la souffrance animale incluent les dissections et expériences sur des animaux tués à cette fin en anatomie, physiologie, pharmacologie, pratique clinique et chirurgie. Nous abordons également la formation professionnelle (cours de chirurgie avancée) et parfois l’enseignement secondaire, où des dissections peuvent encore être faites.
Les alternatives incluent des outils tels que la vidéo numérique, les logiciels multimédia et la réalité virtuelle, des modèles éducatifs, des mannequins et des simulateurs. Elles incluent aussi l’utilisation de cadavres d’animaux provenant de sources éthiques et la pratique clinique sur des animaux malades. Notre propre constat des avantages pédagogiques, éthiques et économiques des alternatives est corroboré par celui des professeurs, des étudiants et par plusieurs études publiées. De fait, ces méthodes innovantes et respectueuses sont désormais largement disponibles. Souvent, elles ne sont plus considérées comme « alternatives » mais comme la norme.
InterNICHE fait un travail international auprès de professeurs, d’étudiants et de militants pour faciliter l’implémentation d’alternatives et le remplacement des méthodes impliquant de la souffrance animale. Les projets d’InterNICHE, en cours ou déjà aboutis, incluent des ressources d’information comme le livre From Guinea Pig to Computer Mouse (Du Cobaye à la souris numérique) ou les bases de données en ligne Studies Database et Alternatives Database, cette dernière avec une présentation détaillée de plus de 1000 alternatives. Nous proposons aussi des ressources internet en plusieurs langues, un service de prêt d’alternatives pour permettre de les essayer, un Prix pour encourager le développement et l’implémentation d’alternatives, le soutien aux étudiants objecteurs de conscience, une gamme de logiciels gratuits et d’alternatives peu onéreuses, et des conférences, expositions, visites et formations dans le monde entier. J’ai visité près de 50 pays. Ma forte empreinte écologique est mon principal compromis dans une vie que j’essaye de mener sans compromissions. Toutefois, je maximise toujours l’impact de mes visites. En faisant partie d’un grand réseau de personnes désireuses de s’investir dans ce domaine, j’ai eu l’occasion de travailler dans des pays aussi divers que le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Iran, la Russie, l’Ouzbékistan, l’Inde et la Chine, ainsi qu’en Europe.
AE :Notre directeur, André Ménache, a eu le privilège de participer avec vous à une série de conférences dans des universités sud-africaines en août 2012. Vous avez parlé dans des écoles de médecine humaine et vétérinaire. Pouvez-vous nous faire part des retombées positives auprès des professeurs ?
NJ : La visite en Afrique du Sud a été un grand succès. Nous avons organisé, pendant plus d’une semaine, des événements sur les alternatives pour remplacer les animaux dans l’enseignement, la recherche et la toxicologie. Les ateliers principaux étaient suivis de séminaires dans les universités de six grandes villes du pays. L’atelier enseignement et formation présentait la pratique et les avantages d’outils pédagogiques respectueux. Il était illustré par des vidéo-clips et des démonstrations. Une exposition multimédia a donné accès à près de cent outils pédagogiques pour plusieurs disciplines, incluant des modèles, des mannequins, des simulateurs et des logiciels installés sur un réseau de 50 ordinateurs.
Une démonstration de chirurgie laparoscopique a illustré le potentiel des outils de formation avancée pour l’acquisition de compétences poussées en chirurgie et pour le remplacement des expériences sur des animaux. Le système de perfusion pulsée d’organes (POP) a été présenté en démonstration sur des organes obtenus après euthanasie de chiens pour des raisons médicales, respectant la politique d’InterNICHE sur les méthodes de remplacement.
Dans les domaines de la recherche et de la toxicologie, les conférences étaient faites par Barbara Grune, de l’Institut fédéral allemand pour l’évaluation des risques (BfR) et par André Ménache. André a confronté l’utilisation de « modèles animaux » et de méthodes fournissant des données humaines à l’ère de la médecine personnalisée. Il a appelé à la réflexion sur les comités d’éthique et leur efficacité, remettant en question l’utilisation d’êtres sensibles dans la recherche fondamentale et suggérant qu’il serait temps de placer la barre plus haut.
Barbara Grune a présenté des méthodes alternatives et un résumé de la directive européenne 2010/63/UE et autres dispositions réglementaires récentes concernant l’expérimentation animale. Elle a décrit les efforts du groupe de travail européen AXLR8 pour accélérer la transition vers un nouveau paradigme de tests de toxicologie. Elle a aussi abordé le sujet du financement et de la validation des alternatives, ainsi que des sources fiables pour la recherche sur ces méthodes.
Les ateliers ont été suivis par plus de 70 personnes issues de l’université, de l’industrie et des organismes chargés de la réglementation. La diversité et le haut niveau des questions sont très prometteurs pour l’avenir. Et, comme lors de précédents ateliers d’InterNICHE, nous avons reçu des commentaires de la part de certains participants, cyniques à l’arrivée mais convaincus au départ et désireux de participer au remplacement des animaux par les méthodes modernes.
AE :Après vos nombreux voyages et rencontres avec des responsables universitaires, quels vous semblent être les principaux obstacles à une utilisation généralisée des méthodes d’enseignement respectueuses ?
NJ : Tous les obstacles au remplacement total du recours à l’animal par les alternatives peuvent être surmontés. InterNICHE et d’autres organisations œuvrent pour dépasser les obstacles réels ou imaginaires et pour rendre cette transition facile et désirable. Les projets et ressources que nous offrons ont été développés dans ce but. Entre autres avantages, les alternatives sont souvent moins chères que les expériences sur des animaux et la prise en compte de plus en plus répandue de cette donnée va aider à la transition. Dans certains pays, l’accès à du matériel informatique peut parfois gêner l’implémentation, mais au fur et à mesure que la technologie se répand, le prix décroît.
L’adhésion rigide à la tradition est souvent un problème, mais lorsque l’on reconnaît que l’inertie bloque l’amélioration de l’enseignement et de la formation -en plus d’être contraire à l’esprit scientifique-, alors les bénéfices du progrès technologique et de la mise à disposition d’outils pédagogiques nouveaux et excellents peuvent être recueillis.
Il y a aussi un certain nombre de mythes et d’erreurs qu’il faut dénoncer. Premièrement, l’idée que le remplacement total ne serait pas réaliste et que les 3Rs (réduire, rationaliser, remplacer le recours aux animaux) seraient une approche appropriée dans le domaine de l’enseignement. La réalité est que le remplacement total a déjà été réalisé dans de nombreuses universités de par le monde -au bénéfice de tous- et que c’est une approche bien meilleure que toutes celles qui freinent l’implémentation de méthodes de haut niveau.
Deuxièmement, l’idée que les alternatives ne seraient pas « la chose réelle » et que les expériences sur les animaux le seraient. En fait, l’expérimentation animale est une méthode et ne devrait pas être prise pour un objectif. La « chose réelle » devrait désigner les objectifs pédagogiques et les procédés pour les atteindre. Il est essentiel de se concentrer sur l’acquisition de connaissances de manière efficace et éthique, les compétences et attitudes, plutôt que sur l’attachement émotif à une méthode spécifique dont on peut contester les bénéfices.
Troisièmement, l’idée que s’il n’y a plus d’expérimentation animale, les étudiants et stagiaires n’auront plus d’outils pédagogiques du tout et n’auront pas accès aux animaux. La réalité est que les alternatives améliorent de façon significative l’enseignement et la formation. Remplacer signifie remplacer une utilisation qui implique la souffrance inutile d’animaux. Ceux qui ont réellement besoin d’acquérir de l’expérience sur des animaux, comme les futurs vétérinaires, peuvent le faire dans un contexte neutre ou bénéfique pour les animaux, par exemple dans une clinique vétérinaire.
AE :Sachant votre agenda très chargé, nous vous sommes très reconnaissants d’avoir consacré du temps à répondre à nos questions. Pour conclure, y a-t-il des sujets non couverts par cette interview que vous aimeriez évoquer ?
NJ : Il y a une demande grandissante de remplacement de l’utilisation d’animaux par des alternatives dans l’enseignement et la formation, c’est donc une époque très excitante. Des accords formels que nous avons signé avec des universités russes et ukrainiennes ont mené à épargner plus de 50 000 animaux par an. En Inde, le conseil académique national de zoologie s’est prononcé contre la dissection et, au fur et à mesure que les alternatives sont utilisées, jusqu’à 19 millions d’animaux seront épargnés chaque année.
L’une des raisons du succès est qu’avec les alternatives, tout le monde est gagnant. Les étudiants, car ils ont accès à de meilleurs outils pédagogiques et à un bon environnement de travail ; les professeurs, car ils peuvent mieux partager leurs connaissances et leurs compétences ; la société, car il y a une nouvelle génération de diplômés mieux formés, compatissants, capables de pensée critique, instruits de façon éthique ; et bien sûr, les animaux : plus de sacrifices ni autres formes de souffrance.
S’informer sur les techniques de substitution à la dissection :
Juste après la controverse soulevée par l’étude du professeur Séralini, le moment nous a paru favorable pour proposer un débat sur le fond de l’affaire : le « modèle animal » est-il pertinent pour l’homme, oui ou non ? Tant que cette question ne sera pas tranchée, des controverses surgiront encore et encore, sur la façon de tester les OGM, le bisphénol A, la pilule Diane 35, ou toute autre substance chimique. Nous avons donc écrit aux Etablissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST) et aux ministères concernés.
Article paru dans La Notice d’Antidote n°34
Au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), en recommandé avec accusé de réception, le 4 décembre 2012.
Monsieur le Directeur général,
La publication d’un article (Séralini J.E. & al., Food and Chemical Toxicology 50 (2012) pp.4221-31) décrivant les effets sur des rats nourris avec un maïs OGM, avec ou sans l’herbicide auquel il résiste, a soulevé un vif débat, très médiatisé, entre scientifiques opposés ou favorables à l’étude, donc respectivement favorables ou hostiles, in fine, à cet OGM et à l’herbicide. Les premiers critiquent le protocole expérimental utilisé par Séralini, mais ce dernier et ses partisans rappellent que ce protocole est précisément celui qui a été utilisé pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché du maïs OGM et de l’herbicide. La seule différence entre les deux études est le temps d’exposition des rats : trois mois dans l’étude visant à obtenir cette autorisation, qui n’a révélé aucun effet notable, deux ans dans l’étude de Séralini, qui a par contre révélé des pathologies graves chez les rats exposés, dont de volumineuses tumeurs.
Deux expériences strictement identiques visant à évaluer un risque sanitaire humain qui donnent, selon la durée, des résultats strictement opposés, ne satisfont évidemment pas aux critères scientifiques fondamentaux. Comment se fait-il que cette indétermination n’ait pas interpellé les intervenants dans la controverse, incluant notamment des membres des 6 Académies scientifiques françaises, des experts d’agences françaises et européennes de sécurité des aliments, des chercheurs des EPST, y compris de celui que vous dirigez ? Il aura fallu que des journalistes s’en étonnent (« S’agit-il des « bons rats » ? » demande par exemple Stéphane Foucart dans un article consacré à l’affaire Séralini dans Le Monde daté du 23 octobre 2012) et pointent le défaut méthodologique au cœur de la controverse : l’évaluation des risques sanitaires pour l’homme sur des « modèles » animaux…
Aucun des acteurs de l’affaire n’a évoqué ce défaut, qui interpelle par contre le consommateur, inquiet pour sa sécurité sanitaire. Il s’attend à ce que les EPST, qui consacrent une part importante de leurs budgets à l’expérimentation avec des modèles animaux, prennent position sur une question simple mais essentielle : les évaluations des risques sanitaires humains sur des animaux considérés comme modèles biologiques de l’homme, sont-elles valides pour ce dernier et scientifiquement justifiées ?
Si l’EPST que vous dirigez veut conserver la confiance des citoyens qui assurent son budget, il doit répondre à cette question et justifier, conformément à sa mission, que ses dépenses au titre du modèle animal le sont dans l’intérêt de la société et satisfont aux critères de la rigueur scientifique.
Notre association (voir antidote-europe.org) a pour objet (article 2 des statuts) l’application des progrès scientifiques au bénéfice de la santé humaine, notamment par la prévention. Nos travaux nous ont conduits à avoir un point de vue très critique sur la notion d’animal « modèle » de l’homme. Nous l’avons identifiée comme responsable d’évaluations insuffisantes des risques de santé, qui se traduisent depuis quelques décennies par les développements rapides des pathologies majeures graves.
L’objet de cette lettre est de demander l’organisation, si possible avant la fin de l’année 2012, d’un débat public avec le(s) responsable(s) de l’expérimentation animale dans votre EPST, afin de débattre de la question ci-dessus. Nous souhaitons un débat courtois, se limitant aux échanges d’arguments scientifiques et logiques, sous l’autorité d’un modérateur dont les deux parties seraient convenues.
Veuillez agréer, Monsieur le Directeur général, l’expression de notre haute considération.
Claude REISS,
Président d’Antidote Europe
ex-Directeur de recherche au CNRS
Par ailleurs, le même jour, nous adressions un courrier à Mesdames le Ministre de la Recherche et le Ministre des Affaires sociales et de la Santé. Nous leur avons fourni la copie de notre lettre aux EPST. Nous leur avons rappelé quelques données de (mauvaise) santé publique. Nous leur avons précisé : « La directive européenne REACH, adoptée en 2006, qui devait évaluer les risques toxiques pour l’homme des substances chimiques de synthèses ambiantes, a été rendue stérile par la volonté de la Commission européenne, qui exige que ces évaluations soient effectuées sur des rongeurs. »
Nous leur avons fait les demandes suivantes : « La controverse récente autour de l’affaire des rats de Séralini a mis en lumière l’ineptie du concept des « modèles » animaux de l’homme. Ci-joint une lettre envoyée aux directeurs généraux des EPST CNRS, INSERM et INRA, qui consacrent une partie de leurs budgets à l’expérimentation sur de tels « modèles », pour demander un débat public avec les responsables concernés. Un tel débat a jusqu’à présent été refusé. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir demander à ces EPST, dont vous avez la tutelle ou la co-tutelle, de donner suite à notre demande.
Vous avez par ailleurs la possibilité de saisir l’AERES, en charge d’évaluer les EPST et les activités de recherche, afin de vérifier que, dans les unités concernées, les méthodes d’évaluation des risques toxiques sont en adéquation avec les objectifs visés. »
Ensuite, nous avons écrit au rédacteur en chef de Biofutur, L’Express, La Recherche, Le Figaro, Le Monde, Le Nouvel Observateur, Libération, Médecine Sciences et Pour la Science, toujours le 4 décembre 2012 et toujours avec la copie de notre lettre aux EPST.
Extraits de notre lettre :
« Ce débat s’impose suite aux travaux de la société Monsanto et du professeur G.E. Séralini, qui montrent que l’on peut avoir deux résultats strictement opposés simplement en fonction du temps d’exposition du « modèle » animal au facteur à évaluer. Ces travaux visant notre sécurité sanitaire, ces résultats contradictoires sont évidemment très inquiétants et justifient une discussion approfondie de la méthode d’évaluation.
Au cas où l’un ou l’autre de ces EPST accepterait le débat que nous proposons, nous chercherions une structure pour l’organiser et un modérateur pour en assurer le bon déroulement. Votre journal pourrait-il être intéressé par ce débat et accepterait-il, le cas échéant, de l’organiser et de l’héberger ? L’intérêt de ce débat pour vos lecteurs est évident.
Ce débat est en effet d’une actualité brûlante, en considération du fait que les évaluations de risques toxiques se font à présent presque exclusivement sur des « modèles » animaux, que nous estimons responsables des augmentations accélérées des incidences et des prévalences des pathologies majeures (diabète, Alzheimer, cancers hormono-dépendants, autisme, fertilité masculine…). Des méthodes scientifiques de toxicologie existent pour évaluer ces risques de façon fiable pour l’homme. Ils pourraient inverser ces tendances. »
Enfin, nous avons diffusé un communiqué de presse, le 13 décembre 2012, intitulé « Qu’y aurait-il à craindre d’un débat sur l’expérimentation animale », indiquant nos démarches et reprenant les principaux termes de nos courriers.
Les EPST ont bien reçu nos courriers puisque nous avons reçu les accusés de réception tamponnés le 7 décembre 2012 pour le CNRS et l’INSERM et non tamponné mais reçu le 11 décembre 2012 en retour de l’INRA.
Début février, à l’heure de boucler cette Notice, nous n’avons reçu de réponse ni des EPST, ni des ministères, ni des journaux.
Vous pouvez nous aider
Si vous êtes abonné ou même lecteur occasionnel de l’un des journaux auxquels nous avons écrit (ou même à d’autres journaux de vulgarisation scientifique grand public comme Sciences et Avenir ou Science & Vie), vous pouvez leur écrire, poliment, en exprimant votre déception de ne pas voir traité le sujet de la validité du « modèle animal » d’un point de vue scientifique. Vous pouvez mentionner notre lettre et demander pourquoi le rédacteur en chef ne nous a même pas répondu. Les médias sont généralement sensibles à leur image auprès de leurs lecteurs. Nous serions heureux de savoir si vous obtenez une réponse.
Quant à nous, nous allons commencer par envoyer une deuxième lettre aux EPST.
L’enseignement de la biologie et de la médecine humaine et vétérinaire continue à faire appel à des dissections d’animaux et même à des expériences sur des animaux vivants. Pourtant nous disposons aujourd’hui d’une grande variété d’outils pédagogiques à la fois plus faciles à utiliser, plus agréables et moins traumatisants pour les élèves, plus efficaces et moins coûteux.
Article paru dans La Notice d’Antidote n°34
Par André Ménache
Nous avons le plaisir de vous présenter Jerry, le chien. Saisissant de réalisme, n’est-ce pas ? Ce n’est pourtant pas un vrai chien mais un modèle qui permet à de futurs vétérinaires d’apprendre bien plus sereinement et efficacement. Copyright : Photo InterNICHE
Lors de mes études universitaires de médecine vétérinaire en Afrique du Sud en 1972, un professeur de zoologie nous demanda de rassembler une grande collection d’insectes. Il nous indiqua comment les insectes devaient être tués, soit en les mettant dans une petite boîte contenant de l’éther, soit en leur écrasant le thorax. Je demandai à mon professeur si je pouvais plutôt dessiner les insectes exposés au musée de zoologie. Il accepta. C’était beaucoup de chance pour moi en 1972 !
Mon professeur respectait mon droit à l’objection de conscience et, ce qui est tout aussi important, il considérait que dessiner les insectes était tout aussi adéquat, du point de vue pédagogique, pour accomplir mon cursus universitaire.
Quarante ans plus tard, en 2012, je revenais en Afrique du Sud pour assurer une série de conférences dans des universités avec Nick Jukes, responsable de l’association InterNICHE (www.interniche.org ; voir La Notice d’Antidote de décembre 2012). Selon leur site : « InterNICHE (International Network for Humane Education) est un réseau international pour une éducation éthique. Notre objectif : promouvoir un enseignement alliant éthique et excellence dans les domaines de la médecine humaine et vétérinaire et de la biologie. Nous œuvrons en faveur d’un enseignement progressiste des sciences et du remplacement des expériences sur les animaux, en aidant les enseignants à mettre en place des méthodes de substitution (appelées « alternatives ») et en encourageant les étudiants à exprimer leur liberté de conscience. »
En écoutant les présentations de Nick Jukes, je dois admettre que même moi j’étais stupéfait par le progrès réalisé dans le remplacement des animaux dans l’enseignement. Je me suis senti privilégié de pouvoir constater, en témoin direct, combien les méthodes d’enseignement sans animaux sont efficaces et populaires au sein des universités. Les modèles vont de simples reproductions en plastique jusqu’à de vrais rats et grenouilles conservés par le procédé de plastination. Pour ces derniers, on peut conserver des animaux morts de mort naturelle ou euthanasiés pour motifs médicaux. Nul besoin que des animaux sains, provenant d’élevages pour les laboratoires, soient tués à cette fin et considérés comme simple source de « matériel ».
La plastination, aussi appelée imprégnation polymérique, est une technique visant à préserver des tissus biologiques en remplaçant les différents liquides organiques par du silicone. La première utilité est la conservation de manière définitive de tout élément organique et sa manipulation sans précaution particulière. Les tissus gardent leur plasticité, leurs teintes, sont inodores, et se conservent indéfiniment. C’est un avantage pour toutes les écoles de médecine par le fait, entre autres, de pouvoir éviter l’utilisation des bains de formaldéhyde.
Parmi d’autres modèles, mentionnons les « packs de suture », soit des répliques de tissus en matériaux synthétiques qui permettent aux jeunes étudiants de s’exercer aux techniques de sutures chirurgicales (par exemple, sutures cutanées ou anastomoses intestinales). D’autres modèles encore reproduisent des vaisseaux sanguins pour s’entraîner à l’injection de médicaments.
Nous avons aussi Jerry, un modèle de chien en taille réelle, avec des os qui peuvent être fracturés et soignés, avec des veines dans lesquelles on peut pratiquer des injections et avec plusieurs maladies cardiaques différentes que l’on peut diagnostiquer en écoutant le cœur au stéthoscope. Comme tous les autres modèles, Jerry n’est pas fait pour remplacer un animal vivant mais plutôt pour permettre aux étudiants de s’entraîner et de gagner ainsi en confiance et en connaissances en anatomie et physiologie, afin d’être mieux préparés à recevoir des patients.
Il existe aussi des simulateurs comme la perfusion pulsée d’organes (en anglais POP, pour Pulsated Organ Perfusion) pour s’entraîner à la chirurgie minimalement invasive pratiquée par de petites incisions permettant d’introduire une caméra ou des instruments chirurgicaux. Le POP se présente comme une sorte de cuvette couverte. A l’intérieur, des organes réels (par exemple d’animaux morts de mort naturelle ou euthanasiés pour motifs médicaux) sont connectés à un système de tubes contenant un liquide coloré simulant le sang qui pulse à travers l’organe. Le chirurgien utilise une caméra miniature connectée à un écran extérieur et des instruments de chirurgie introduits dans le POP tout comme lors d’opérations réelles.
En plus de ces modèles et simulateurs, il existe une grande variété de programmes informatiques pour l’étude de l’anatomie et de la physiologie humaines et animales. Le prix et la complexité de ces programmes varient beaucoup, depuis la simple dissection de grenouille jusqu’à des visualisations en 3D pour apprendre la chirurgie cardiaque.
Signalons enfin que des enquêtes comparant l’expérience d’étudiants ayant utilisé des animaux tués à des fins de dissection ou autres expérimentations et celle d’étudiants n’ayant pas sacrifié des animaux ont montré que ces derniers avaient souvent les meilleures performances dans les situations réelles. Ce n’est donc pas surprenant que 96% des écoles de médecine aux Etats-Unis n’utilisent plus d’animaux.