La 200ème conférence d’Antidote Europe !
Le vendredi 1er décembre 2017, grand événement : André Ménache donnait la deux-centième conférence d’Antidote Europe ! Oui ! Pas moins de 200 conférences données depuis la création de notre association. A quelques très rares exceptions près, toutes données par des scientifiques. Notre public : parlementaires, médecins, chercheurs, étudiants, lycéens, collégiens, militants et, bien sûr, le grand public. A marquer d’une pierre blanche, ce vendredi 1er décembre 2017 aura vu l’un de nos principaux accomplissements : expliquer en termes simples un problème scientifique et réglementaire complexe et débattre d’égal à égal avec d’autres scientifiques.

Avant de se prêter à un essai de nouveau médicament, tout patient ou volontaire sain doit donner son accord par écrit. Il est censé avoir reçu des informations sur l’objectif de l’essai et ses possibles risques. Dans quelle mesure ceux-ci sont-ils connus et correctement évalués ? Antidote Europe a creusé cette question, avec le concours d’un avocat.
C’était le 13 mars 2006, il y a vingt ans, dans un hôpital londonien. Six hommes jeunes, en bonne santé, sont volontaires pour l’essai de la substance TGN1412. Une heure après l’injection intraveineuse, ils commencent à être pris de douleurs, diarrhée, hypotension, inflammation… Ils sont transférés dans l’unité de soins intensifs. Grâce à cette prise en charge, ils auront la vie sauve (https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa063842). À des singes qui avaient reçu une dose cinq cent fois supérieure, il n’était rien arrivé de grave. C’est sur la foi de ce résultat que la dose considérée comme sans danger pour l’homme avait été calculée (https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC2964774/).
D’autres accidents, dont certains mortels, ont eu lieu avant et depuis 2006. Pourtant, les essais sur des animaux continuent à être un préalable aux essais sur l’être humain. Antidote Europe dénonce le risque que fait courir à l’homme la confiance dans les résultats obtenus par l’expérimentation animale.
Quelques définitions
De la substance chimique au médicament vendu sur ordonnance, plusieurs étapes sont franchies.
Premièrement, la substance est identifiée comme potentiellement thérapeutique pour un trouble de santé donné. Beaucoup de nouvelles substances sont découvertes par chimie combinatoire ou autres méthodes sans recours à l’expérimentation animale.
Deuxièmement, une fois ce « candidat-médicament » identifié, il subit des « essais précliniques ». Ceux-ci se font de plus en plus in vitro, notamment sur des organes sur puce, des organoïdes, etc. (voir notre dossier sur https://antidote-europe.eu/methodes-alternatives-recherche-animale/). Toutefois, pour se conformer à des exigences ou habitudes réglementaires, les industriels font aussi des essais sur des animaux (souris ou rat et chien ou singe).
Troisièmement, les laboratoires font des « essais cliniques », c’est-à-dire sur l’être humain, d’abord sur des volontaires sains (« phase 1 ») puis, en collaboration avec le corps médical, sur des patients (« phase 2 » et « phase 3 »). Toutes ces personnes doivent signer un formulaire de consentement à l’essai, après avoir reçu des informations, notamment « sur ses modalités pratiques de déroulement ainsi que les éventuelles contraintes et effets indésirables attendus » (https://www.chu-nantes.fr/quest-ce-quun-consentement-libre-et-eclaire).
Quatrièmement, si le parcours est réussi et que le candidat-médicament obtient son « autorisation de mise sur le marché » (AMM), devenant ainsi un médicament à part entière, il fait l’objet d’une « pharmacovigilance », c’est-à-dire le suivi de ses effets secondaires. Si ces derniers sont trop importants, l’AMM peut être suspendue ou retirée.
Sur le papier, le mécanisme semble bien huilé. Nos médicaments seraient efficaces et sûrs. Or, la Commission européenne estimait en 2008 que près de 200.000 décès par an dans l’Union européenne seraient attribuables aux effets secondaires de médicaments (https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(11)60802-7/fulltext). Aux États-Unis en 2022, 1,25 million d’effets secondaires graves et près de 175.000 décès étaient signalés (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK599521/). Sachant que tous les accidents médicamenteux ne sont pas signalés, on peut supposer que ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité.
Pourquoi autant d’accidents ?
Le nombre des victimes prouve qu’il y a des failles dans le système d’essais et d’autorisation des médicaments. Antidote Europe a consacré une de ses actions récentes à mieux les identifier.
- Les résultats obtenus sur des animaux ne sont pas transposables à l’être humain. Depuis sa création, notre association démontre l’ineptie du concept de « modèle animal » (https://antidote-europe.eu/animal-pas-modele-biologique-homme/) ; nous n’y reviendrons pas ici. Or, cela signifie que les informations reçues par les volontaires sains en phase 1 des essais cliniques manquent de fiabilité. Bien que de plus en plus de firmes pharmaceutiques utilisent des méthodes in vitro sur des cellules humaines, ceci n’est pas une obligation. De plus, les fabricants n’utilisent pas forcément tous les mêmes méthodes. Les essais cliniques de phase 1 commencent donc à la suite d’essais sur des animaux -pas fiables- et d’essais in vitro -pas forcément complets-. Comment, alors, consentir à l’essai en toute connaissance de cause ? Comme les quelques personnes (une dizaine plus ou moins) qui se prêtent à l’essai ne sont pas malades, elles n’en attendent aucun bénéfice (autre que financier) et sont exposées à de potentiels effets négatifs.
Au cours des dernières années, André Ménache a donné plusieurs conférences à ce sujet, notamment le 14 septembre 2024 à la médiathèque de Fontenay-aux-Roses et le 6 décembre 2023 à l’Université de Grenoble (détails sur https://antidote-europe.eu/conferences/).
Nous avons aussi été en contact avec le sénateur Arnaud Bazin que nous remercions d’avoir bien voulu poser une question écrite au gouvernement au sujet du foie-sur-puce qui est actuellement l’organe sur puce le mieux maîtrisé à des fins de révéler de possibles effets secondaires de médicaments. Les lésions hépatiques sont responsables de plus de 20 % des retraits du marché et de 13 % des échecs des essais cliniques. Le ministère de la Santé évoque des « travaux et réflexions concertés » mais n’envisage pas d’inclure des essais sur foie-sur-puce de façon obligatoire parmi les essais précliniques. Pourtant, il existe des preuves scientifiques de sa fiabilité et il a déjà commencé un parcours vers l’acceptation réglementaire aux États-Unis (https://www.senat.fr/questions/base/2025/qSEQ250203527.html).
Le 17 décembre 2025, nous diffusions sur notre page facebook une bonne nouvelle venue des États-Unis. Introduit par plusieurs sénateurs, un projet de loi est en passe de supprimer l’obligation de faire des essais précliniques sur des animaux. De fait, la loi a été adoptée fin 2022 mais des dispositions réglementaires permettant son application ne sont toujours pas en vigueur. Si elle franchit les dernières étapes, la FDA Modernization Act 3.0 imposera de mettre à jour ces dispositions dans un délai d’un an (https://www.booker.senate.gov/news/press/booker-colleagues-reintroduce-fda-modernization-act-30). Ne pas tester les candidats-médicaments sur des animaux revient à reconnaître que les méthodes in vitro sont d’ores et déjà fiables et suffisantes. Nous suivons de près le parcours de cette loi étasunienne et nous continuerons à agir pour que l’exemple soit suivi en Europe.
- Tous les résultats préalables sont-ils pris en compte ? Un même candidat-médicament peut faire l’objet de plusieurs essais cliniques. En cas de problème, l’essai peut être interrompu par le fabricant. De fait, sur dix candidats-médicaments ayant passé avec succès les essais précliniques, neuf échouent aux essais cliniques (https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(11)60802-7/fulltext). Antidote Europe a voulu savoir si tous les essais avortés sont publiés. Pour les personnes qui se prêtent aux essais ultérieurs, il est important de savoir si des essais ont déjà échoué et pour quelle raison (dosage, effets négatifs, etc.).
Nous avons écrit à l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM), d’abord en courrier simple (le 20 septembre 2024), puis en recommandé (le 2 décembre 2024). N’ayant pas reçu de réponse, nous avons chargé l’un de nos avocats d’écrire en notre nom, ce qu’il a fait le 28 janvier 2025. Comme il ne recevait pas de réponse non plus, il a saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) le 31 mars 2025. Cette démarche a été fructueuse puisque, enfin, nous recevions une réponse de la CADA le 21 mai 2025. Mais la réponse nous a déçus puisque nous apprenions qu’il n’existerait pas, en France, de registre des essais cliniques ayant échoué.
Ne baissant pas les bras, André Ménache écrivait le 27 mai 2025 à l’Agence européenne des médicaments (EMA) qui, elle, nous répondait dès le 16 juin 2025. Il en ressort qu’il n’existerait pas, en effet, de registre des essais avortés mais que le fabricant a l’obligation de publier ses résultats quels qu’ils soient. Cette publication se fait sur le Registre des essais cliniques de l’Union européenne (https://www.clinicaltrialsregister.eu/) dans lequel il est possible de faire des recherches par pays, par type d’essai (phase 1, 2 ou 3), etc. Le statut « terminé prématurément » figure parmi les critères de recherche avancée.
Ce volet de notre campagne s’arrête à ce stade. En effet, bien qu’il serait intéressant de compiler un certain nombre d’essais ratés pour analyser les causes de l’échec et les comparer aux résultats d’essais précliniques sur des animaux, nous n’avons pas les moyens financiers ni humains de faire une telle analyse. Nous avons mis en lumière le fait que ce n’est pas tellement l’information sur les essais cliniques qui ferait défaut mais plutôt sa prise en compte d’une part par le fabricant pour éviter d’aller plus loin avec une substance qui pose problème dès les premiers essais et d’autre part par les responsables de la réglementation pour réformer un système qui, de toute évidence, permet de mettre sur le marché des médicaments n’ayant pas réussi un parcours sans faute.
- Médecins et patients sont-ils bien informés sur les effets secondaires de tel médicament en particulier ? C’était la suite logique de l’étape précédente. Un patient qui se voit prescrire un nouveau médicament, peut-il s’informer sur les éventuels risques de le prendre ? Notre avocat reprenait contact avec l’ANSM le 17 octobre 2025 et, cette fois sans avoir à saisir la CADA, recevait une réponse le 24 novembre 2025. Il en ressort que l’ANSM publie chaque année une liste des médicaments pour lesquels les AMM ont été refusées, retirées ou suspendues.
Nous avons décidé de mettre un terme à cette action car nous ne saurions faire mieux que, par exemple, l’association Prescrire qui suit de près les médicaments qui, sans être retirés du marché, ne présentent pas une balance bénéfice-risque favorable. Fin 2025, elle identifiait dans l’Union européenne « 108 médicaments plus dangereux qu’utiles dans toutes les indications figurant dans leur AMM, dont 89 sont commercialisés en France » (https://www.prescrire.org/medicaments-et-evaluations/medicaments-a-ecarter).
Médicaments : de la découverte à la vente
Grâce à cette action, nous pouvons désormais présenter un panorama complet du parcours d’une substance chimique, de sa découverte à sa vente en tant que médicament, et mieux identifier les étapes qui présentent un risque pour les patients.
- Il faudrait sans tarder supprimer les essais précliniques sur des animaux. Fournissant des résultats pouvant être contradictoires et sans pertinence pour l’être humain, cette étape met en danger les volontaires sains. Comme le montre l’évolution réglementaire aux États-Unis, des méthodes in vitro sont disponibles. Qu’attendent les pays européens ?
- De la même façon que d’aucuns ont su mettre en place une liste d’essais à faire sur des animaux, il faudrait mettre en place une liste d’essais à faire sur des cellules humaines, que celles-ci soient intégrées dans des organes-sur-puce, organoïdes ou autres dispositifs reproduisant des caractéristiques de l’organisme humain pertinentes pour l’étude des effets des candidats-médicaments. D’autres méthodes sont également disponibles (pharmacogénomique, relation structure-activité, etc.). Avec une stratégie d’essais bien conçue et éprouvée, ne serait-il pas également souhaitable de supprimer les essais sur des volontaires sains ?
- Il faudrait systématiser l’accès aux registres des essais cliniques et rendre les recherches plus simples de sorte que les patients qui acceptent de participer à un essai puissent donner un consentement véritablement éclairé en ayant accès à des informations complètes déjà obtenues sur le candidat-médicament proposé. Un registre des essais précliniques (non sur des animaux mais avec des méthodes pertinentes pour l’être humain) serait à mettre en place et à rendre public.
Antidote Europe continuera à informer élus et autorités, à étoffer ses arguments pour débattre avec des scientifiques qui défendent encore le « modèle animal », à donner des conférences et à répondre aux personnes qui nous contactent pour en savoir davantage.
Mi-novembre 2025, nous étions contactés par deux étudiants en Master 2 « Écophysiologie, Écologie, Éthologie » de l’Université de Strasbourg souhaitant réaliser un reportage sur l’utilisation de modèles animaux à des fins pédagogiques en école vétérinaire. Nous avons, bien sûr avec plaisir, accepté une entrevue par visioconférence.
André Ménache a fourni des informations en complément de celles publiées sur notre site, en citant notamment le professeur de médecine vétérinaire Andrew Knight qui a publié plusieurs livres et articles sur les méthodes d’enseignement sans recours aux expériences sur des animaux (https://www.andrewknight.info/). Il a aussi cité le Dr Sandrine Duranton, médecin urgentiste qui, dans un entretien qu’elle nous avait accordé, déclarait que faire des expériences sur des animaux n’est nullement nécessaire pour acquérir les compétences d’urgentiste (https://antidote-europe.eu/entretien-urgentiste-experiences-animaux/).
Le reportage donne aussi la parole à un professeur d’anatomie de l’École Nationale Vétérinaire qui défend l’utilisation de modèles animaux.
Nous sommes heureux d’avoir pu nous entretenir avec ces étudiants qui nous ont mis en contact avec une autre étudiante souhaitant organiser des conférences. Cette action aura donc peut-être une
suite mais, déjà, le reportage peut être vu sur https://youtu.be/xbThZToNvLw?si=s1TXqda9dzJOn9qw.
Toutes nos félicitations et encouragements à ces deux étudiantes pour la suite de leurs études !
Davantage de singes ?
Alors que d’autres pays réduisent l’utilisation de singes pour des expériences scientifiques, la France se prépare à élever davantage de primates destinés aux laboratoires. Dans le cadre du « Plan France 2030 », le CNRS voudrait agrandir son élevage de singes situé à Rousset, près de Marseille, pour en faire le « Centre national de primatologie ». De l’argent public serait alloué à un projet à contre-courant de l’évolution des méthodes de recherche de plus en plus centrées sur des cultures complexes de cellules humaines (organes-sur-puce, organoïdes, etc.) et autres techniques d’étude de l’être humain (imagerie, modélisations, etc.) en collaboration avec une industrie florissante. Antidote Europe a fortement exprimé son opposition à ce projet.
Tout a commencé au printemps 2025 lorsque, lors de notre participation à la Journée mondiale des animaux dans les laboratoires, nous apprenons que le sénateur des Bouches-du-Rhône Guy Benarroche alerte sur le projet du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) d’agrandir son élevage de singes situé à Rousset, près d’Aix-en-Provence et de Marseille (https://antidote-europe.eu/journee-mondiale-des-animaux-dans-les-laboratoires-2/).
Lors d’une « question écrite » posée au gouvernement, le sénateur Guy Benarroche interroge sur le bien-fondé d’allouer plus de 30 millions d’euros de fonds publics pour pouvoir héberger plus de 1800 singes sur le site de Rousset. Il signale que la France utilise déjà quatre fois plus de singes que l’Allemagne, en contradiction avec la directive européenne 2010/63/UE basée sur le principe des 3Rs (remplacer, réduire, raffiner la recherche sur des animaux). Le marché mondial des essais sur des animaux devrait croître d’environ 1 % par an entre 2023 et 2028, alors que celui des méthodes alternatives croîtrait de plus de 6 % par an sur la même période. La France envisage-t-elle vraiment un accroissement du nombre de primates utilisés pour la recherche académique ?
Oui, le projet d’extension du centre de primatologie du CNRS à Rousset fait bien partie du Plan France 2030, répond le ministère de la Recherche ! La France utilise en moyenne 830 primates par an pour la recherche mais des laboratoires allemands s’appuient sur les ressources françaises pour se fournir en primates… (https://www.senat.fr/questions/base/2025/qSEQ250303973.html).
L’opposition se met en place
Le projet d’extension de l’actuel élevage créerait un « Centre national de primatologie » qui fournirait des singes pour la recherche académique (en principe, non pour des essais de médicaments ou autres substances chimiques). Plusieurs associations se sont très vite concertées pour affirmer leur opposition à ce projet. Une association locale, le Collectif vauclusien de protection animale (CVPA ; https://www.cvpa.net/), a assuré le lien entre toutes et diffusé les informations données au fur et à mesure par le CNRS.
Parmi les premières actions, nous saluons l’initiative du Dr Roland Cash, vice-président de l’association Transcience (https://transcience.fr), qui a rédigé une tribune soumise au quotidien Le Monde après avoir collecté plus de cinquante signatures de médecins, chercheurs, avocats, parlementaires et autres personnes de diverses professions. Nous y avons participé et vous invitons à découvrir davantage de détails dans notre rubrique « Dans les médias », à la date du 20 mai 2025.
L’été, comme chaque année, a imposé un temps d’arrêt mais, le 9 septembre, André Ménache était à Rousset pour visiter la station de primatologie du CNRS telle qu’elle existe à cette date, ainsi que pour recueillir de premiers éléments sur le projet d’extension. En sa qualité à la fois de président d’Antidote Europe et de vétérinaire, il accompagnait Denis Schmid, président du CVPA, que nous remercions pour son invitation à nous rendre sur place. La visite était guidée par du personnel du CNRS nous informant qu’il y aurait sur le site environ 250 singes (babouins, macaques et ouistitis). Les animaux sont dans des enclos d’où ils voient la nature environnante. Plusieurs points d’eau, une nourriture distribuée plusieurs fois par jour et quelques objets avec lesquels ils peuvent jouer leur sont fournis.
Une « concertation préalable »
Du 16 octobre au 16 novembre 2025, le CNRS organisait une « concertation préalable », censée permettre le débat sur l’opportunité, les objectifs, les caractéristiques, l’impact scientifique, éthique, environnemental du projet. Elle s’est tenue lors de cinq rencontres sur place et sur un site internet dédié. Pour les détails, nous vous invitons à vous rendre à notre rubrique « Actions de lobbying », aux dates que nous mentionnons ci-dessous.
Le 16 octobre, la réunion d’ouverture a commencé à 18h30 à la Faculté des Sciences, Université Aix Marseille, à Aix-en-Provence. Peu avant, à l’heure de sortie des cours, des représentants de l’association One Voice (https://one-voice.fr) distribuaient des tracts, informant ainsi de nombreux étudiants.
André Ménache était présent mais nous avons eu peu de temps de parole. Le CNRS a défendu le projet sans aucun argument que nous ne connaissions déjà et donnant quelques informations sur la recherche sur des primates en France. Une nouvelle espèce, non encore élevée en Europe, serait accueillie au futur centre de primatologie : le macaque crabier. Elle s’ajouterait à d’autres espèces de singes déjà élevées dans les deux autres élevages du CNRS, l’un près de Strasbourg, l’autre à Brunoy en région parisienne.
Les réunions suivantes ont eu lieu le 25 octobre, avec une table ronde sur les enjeux scientifiques et éthiques de l’utilisation des primates à des fins scientifiques où nous n’étions pas présents mais où le Dr Roland Cash a présenté d’excellents arguments ; le 4 novembre, avec une visite de la station de primatologie que, pour notre part, nous avions réalisée le 9 septembre ; le 5 novembre, avec une discussion sur les enjeux territoriaux et environnementaux du projet.
Enfin, le 13 novembre 2025 se tenait la « réunion publique de synthèse », à laquelle André Ménache était présent et avait été invité à s’exprimer. Une intervention de quelques minutes tandis que le Dr Ivan Balansard, vétérinaire du CNRS, a présenté un exposé de près de deux heures…
Un rejet largement exprimé
Alors que les discussions sur place n’ont que peu laissé la parole aux opposants au projet, ceux-ci ont fait pleuvoir les critiques écrites sur le site Internet dédié à cette « concertation préalable » (https://cnrs-concertation-cnp.fr). Des rubriques « avis », « questions » et « cahiers d’acteurs » ont permis de publier plus de 2.000 avis, majoritairement défavorables, ainsi que des questions dérangeantes et quelques « cahiers » fort documentés.
Nous remercions vivement les adhérents de notre association qui ont publié des « avis » mentionnant nos arguments et le lien vers notre site. Quant à notre équipe, la professeure de neurosciences Anne Beuter et André Ménache ont publié des « avis » que nous vous laissons découvrir dans notre rubrique « Actions de Lobbying », à la date du 16 novembre, date de clôture de la concertation. De plus, nous publions ici l’intégralité de notre « cahier d’acteur » (publié sur le site de la concertation le 12 novembre) contenant des arguments que tout un chacun pourra diffuser lors de futurs débats.
À quoi rime ce projet ?
Les défenseurs de la recherche sur le « modèle primate non humain » affirment que celle-ci est indispensable et qu’il est préférable d’élever des singes en France plutôt que dans des pays où le bien-être animal est moins pris en compte. Examinons cette affirmation.
Premièrement, en quoi le « modèle singe » serait-il pertinent pour l’être humain ? C’est le cœur de l’argumentation d’Antidote Europe, que nous n’allons pas répéter dans cet article mais que nous pourrions résumer ainsi : malgré un taux de concordance élevé entre les séquences génétiques de l’être humain et de plusieurs espèces de singes, la régulation de l’expression des gènes est très différente et, par conséquent, les fonctions biologiques sont assurées de façon différente ; des millions d’années d’évolution qui nous séparent des autres primates ainsi que la théorie de la complexité (un système vivant complexe ne saurait être un modèle fiable pour un système vivant complexe différent) peuvent expliquer les différences constatées dans les réactions biologiques de différentes espèces face à un même stimulus (agent infectieux, par exemple). En 2015, l’Institut national de la santé des États-Unis (NIH) déclarait qu’il ne financerait plus la recherche biomédicale sur le chimpanzé (voir la référence et autres informations pertinentes sur https://antidote-europe.eu/doit-on-encore-experimenter-singes/). Si la recherche biomédicale peut se passer des chimpanzés, qui seraient en théorie le meilleur modèle biologique possible de l’être humain, pourquoi ne pourrait-elle pas se passer des modèles singes encore moins semblables à nous ?
Deuxièmement, faut-il élever davantage de singes en France alors qu’une partie de ces animaux serait fournie à d’autres pays ? Les fonds publics investis dans ce projet seront-ils compensés par les bénéfices de la vente des singes ? Y aura-t-il une demande soutenue de primates dans les prochaines années et dans cinq ou dix ans lorsque le centre de primatologie aura atteint sa pleine capacité ? Rien n’est moins sûr. Dans les laboratoires du Royaume-Uni, d’Allemagne, ou encore des Pays-Bas, le nombre de singes utilisés est plutôt à la baisse au fil des ans. Qui plus est, beaucoup de ces animaux sont utilisés pour des essais de toxicologie requis par la réglementation et ne seraient pas fournis par le centre de primatologie du CNRS. Aux États-Unis, les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) viennent d’annoncer leur intention de mettre fin à leur programme de recherche sur des singes, des études portant sur environ 200 macaques. Des primates continueront à être utilisés dans d’autres laboratoires étasuniens mais cela montre la volonté du gouvernement de se passer de primates pour la recherche sur les maladies infectieuses. Des pays européens suivront-ils l’exemple ?
Troisièmement, la notion de bien-être animal ne peut être que relative quand on parle de singes captifs leur vie durant, destinés, pour certaines femelles à avoir des petits qui disparaîtront encore tout jeunes, pour d’autres individus à subir des expériences. Certaines expériences d’immunologie peuvent avoir lieu dans des laboratoires confinés où les singes peuvent ne plus voir la lumière du jour. Cela ne concerne pas le projet d’extension du centre de primatologie de Rousset, certes, puisque de telles expériences ne peuvent pas être faites sur place mais c’est un peu facile de se faire le chantre du bien-être animal tout en sachant que des animaux vendus par le centre pourront subir des expériences douloureuses ailleurs. Depuis qu’il n’est plus possible d’expérimenter sur des chimpanzés, les chercheurs font autrement. Si plus aucun singe n’était fourni aux laboratoires, les méthodes modernes seraient adoptées plus rapidement. Antidote Europe ne prend pas part au débat éthique sur l’utilisation d’animaux à des fins scientifiques mais d’autres associations le font avec beaucoup d’à propos.
À ces critiques, il faut ajouter l’immense gâchis que représente le fait d’utiliser des singes pour des expériences dont le résultat n’est jamais publié. Nous saluons ici encore une fois le travail du Dr Roland Cash, co-auteur d’un article publié en juillet 2025 dans la revue scientifique ALTEX. Il révèle que sur près de 200 projets de recherche prévoyant d’utiliser plus de 6.000 primates en France entre début 2016 et juin 2019, seuls 56 % ont donné lieu à une publication. Les autres, soit 44 %, prévoyaient d’utiliser 2.421 primates. « Ainsi donc un nombre considérable d’êtres vivants sensibles, hautement développés tant émotionnellement qu’intellectuellement, ont été soumis à des procédures plus ou moins douloureuses puis mis à mort sans qu’il en résulte un progrès significatif des connaissances ou un quelconque avantage pour la santé humaine ou animale« , est-il noté sur le site de Transcience (https://transcience.fr/pres-dun-projet-sur-deux-utilisant-des-primates-non-humains-en-recherche-nont-donne-lieu-a-aucune-publication/).
Une demande légitime
Nous ne reviendrons pas non plus dans cet article sur le développement des méthodes de recherche sans animaux tout à fait aptes à remplacer l’expérimentation animale de façon très avantageuse en termes de fiabilité, de coût, de rapidité, etc. Tous les détails sont donnés dans notre dossier sur https://antidote-europe.eu/methodes-alternatives-recherche-animale/ dans lequel nous vous parlions déjà des organes-sur-puce et des organoïdes, en plein essor aujourd’hui. Encore aux États-Unis, le NIH annonce le lancement d’un nouveau centre pour développer des « modèles organoïdes » dans l’espoir « qu’ils seront largement utilisés par les chercheurs et acceptés par les responsables de la réglementation, accélérant les découvertes et les décisions scientifiques » (https://www.chemistryworld.com/news/nih-launches-new-centre-in-planned-move-away-from-animal-testing/4022226.article). Ces modèles deviennent de plus en plus courants pour la recherche et les essais de candidats-médicaments mais rien n’empêche de les utiliser pour la recherche biomédicale et fondamentale, comme nous vous en donnions des exemples dans notre dossier.
Des arguments scientifiques solides contre l’utilisation d’animaux en tant que modèles biologiques de l’être humain auxquels il nous est invariablement répondu par l’affirmation qu’on ne peut pas se passer d’expérimenter sur des êtres vivants entiers (or, affirmer n’est pas prouver) ainsi que le constat que le public souhaite davantage d’informations, que la société civile n’est que symboliquement représentée dans les comités d’éthique et que la majorité des avis exprimés sur le site de la « concertation préalable » sont défavorables, appellent à approfondir le débat.
Dans les mots d’André Ménache lors de la « réunion publique de synthèse » : « À mon sens, le message à retenir de cette concertation est le fait que l’utilisation des animaux à des fins scientifiques est un des sujets actuels les plus troublants et les plus opaques. Chaque année, en France, deux millions d’animaux sont utilisés dans des expériences et deux millions sont produits en surplus. Au total, quatre millions d’animaux. Les singes ne sont pas les plus nombreux mais ce sont les plus chers et ceux dont le public accepte le plus mal qu’ils soient soumis à des expériences douloureuses, pour certains pendant toutes les années de leur vie. Des centaines de millions d’euros de fonds publics sont investis dans cette activité sans qu’il soit prouvé que les retombées pour la santé humaine soient majeures. L’évaluation du rapport coût/bénéfice de l’expérimentation animale mérite depuis longtemps une enquête parlementaire de la plus grande envergure et transparence.«
Signons la pétition !
Début décembre 2025, alors que nous sommes dans l’attente de la conclusion de la concertation préalable, Maître Christophe GERARD, avocat aux barreaux de Paris et Bruxelles, lance une pétition sur le site mesopinions.com « pour en finir avec l’expérimentation animale ».
Adressée aux membres du gouvernement français, cette pétition demande : « Halte à l’Expérimentation Animale et Gel du Projet du CNRS à Rousset« .
Le texte cite le Royaume-Uni, qui « a décidé d’accélérer le recours à l’IA en réduisant toutes les expérimentations sur les animaux », l’administration Trump, aux États-Unis, qui « vient quant à elle de demander aux CDC (Centers for Disease Control and Prevention) de cesser de recourir aux expérimentations sur les primates », ou précise encore, que « le Premier Ministre de la province canadienne de l’Ontario a annoncé la fin des expérimentations sur les chiens et chats, qu’il a qualifiées de « cruelles » ».
Comme Me Gérard, nous vous invitons à « signer cette pétition pour réclamer au CNRS de geler son projet d’expansion de la station de primatologie de ROUSSET et de s’engager à son tour dans un modèle de recherche sans expérimentation animale ».
Déjà plus de 20.000 signatures ont été recueillies !
Pour ajouter la vôtre et lire le texte entier de la pétition : https://www.mesopinions.com/petition/animaux/finir-experimentation-animale/273178
Expérimentation animale et progrès médical
C’est une affirmation à laquelle nous sommes souvent confrontés : expérimenter sur des animaux a permis de découvrir nombre de médicaments, thérapies ou vaccins dont nous bénéficions encore aujourd’hui et l’interdire porterait un coup d’arrêt au progrès médical. Pour preuve, nous dit-on, un grand nombre de Prix Nobel de physiologie ou médecine ont été décernés à des chercheurs ayant fait leurs découvertes en expérimentant sur des animaux.
Il fallait puiser dans l’histoire de la médecine des exemples de découvertes importantes où des chercheurs ont, oui, expérimenté sur des animaux… mais après que les observations principales ont été faites sur l’être humain ! André Ménache s’y est attaqué, publiant le résultat dans trois tribunes intitulées : “Devons-nous à l’expérimentation animale nos soins médicaux ?” (1) “…plusieurs prix Nobel ? (2) “…les traitements de la maladie de Parkinson ?” (3). Nous vous proposons ici un condensé de ses arguments, à utiliser dans tout débat auquel vous participeriez et à diffuser sans modération !
Soins médicaux
Pour justifier leurs travaux, les chercheurs qui expérimentent sur des animaux utilisent trois arguments de façon récurrente :
1. Il est nécessaire d’utiliser un système vivant entier pour étudier le fonctionnement du corps ainsi que pour étudier les maladies.
2. Les méthodes dites « alternatives » ne sont pas suffisamment au point pour remplacer toutes les expériences, notamment le système vivant entier.
3. Grâce à l’expérimentation animale, nous pouvons sauver des vies humaines.
Qu’en est-il vraiment ?
1. Les chercheurs insistent sur la nécessité d’un système vivant entier sans préciser l’identité de ce système vivant. Un chien est un système vivant ; un singe est un système vivant différent. Les chercheurs qui utilisent des animaux mettent en avant les « similitudes ». Ce mot a un sens que chacun peut comprendre dans la vie quotidienne. Mais en quoi un chien ou un singe sont-ils semblables à nous sur le plan biologique ? Les êtres vivants sont des systèmes complexes qui sont très dépendants de leur propre patrimoine génétique. Ainsi, on ne peut prédire par l’observation la réaction physiologique d’un système complexe par rapport à un autre.
2. Les méthodes “alternatives”, que l’on nous dit insuffisantes, se perfectionnent de plus en plus. Pour l’étude des maladies humaines, on dispose de très nombreuses techniques dont l’utilisation de déchets chirurgicaux destinés à l’incinération, les cultures de cellules humaines, les organes sur puce (et même l’humain entier sur puce), l’imagerie non invasive de patients ou de personnes saines se prêtant à la recherche biomédicale, les données cliniques (observation des malades), etc.
3. Dans quelle mesure des expériences faites sur des animaux ont-elles permis de découvrir des traitements salvateurs pour l’être humain ? L’historien de la médecine Brandon Reines met en lumière le véritable rôle de l’expérimentation animale pour entériner des hypothèses formulées par des cliniciens et des chirurgiens et ensuite reproduites par des chercheurs utilisant des animaux dans le but de “confirmer” ou de “valider” ce qui a déjà été observé dans un contexte clinique réel chez l’homme.
Quant à la recherche fondamentale (entreprise « sans qu’aucune application ou utilisation pratiques ne soient directement prévues »), elle pourrait aussi se faire sans animaux pour autant que les chercheurs choisissent cette option. Le public soutiendrait-il l’utilisation d’animaux s’il savait que beaucoup d’expériences sont faites sans rapport avec la préservation de la santé humaine ?
Prix Nobel
Des faits historiques éclairent les véritables processus de découvertes scientifiques et médicales majeures. Par exemple, des observations de Galien (129-216 apr. J.C.) sur la physiologie du système circulatoire basées sur des dissections d’animaux seront remises en question en 1242 lors de la publication du « Commentaire sur l’anatomie dans le Canon d’Avicenne » par Ibn-al-Nafis. Ce dernier décrit la découverte de la circulation pulmonaire chez l’homme.
Si des expériences sur des animaux ont pu avoir lieu au cours du processus d’une découverte médicale, cela ne signifie pas qu’elles aient joué un rôle déterminant ni que la découverte n’aurait pas pu avoir lieu sans elles. Considérons l’exemple de la découverte de l’insuline. En 1923, le Dr Frederick Banting recevait le Prix Nobel de physiologie ou médecine pour cette découverte. Il avait bloqué le canal pancréatique de chiens, empêchant ainsi la sécrétion d’insuline. Mais qu’est-ce qui avait précédé et inspiré cette expérience ? En 1788, le Dr Thomas Cawley faisait le lien entre les symptômes du diabète et un taux de sucre élevé dans les urines. Un siècle plus tard, le biologiste Paul Langerhans découvre, au microscope, les cellules du pancréas qui produisent l’insuline. En 1920, le Dr Banting lit un article décrivant l’autopsie d’un patient diabétique dont le canal pancréatique était obstrué par des calculs… d’où l’idée de vérifier sur des chiens !
Beaucoup d’avancées médicales majeures ne doivent rien à l’expérimentation animale. Par exemple, la plupart des premiers psychotropes ont été découverts par hasard alors qu’ils étaient prescrits pour d’autres effets. L’isoniazide était utilisé pour traiter la tuberculose ; la chlorpromazine était un adjuvant anesthésique ; les phénothiazines sont issues de la recherche de préanesthésiques. Des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), anti-dépresseurs modernes, ont été mis au point grâce à un processus de conception rationnelle de médicaments, laquelle s’appuie sur plusieurs disciplines ayant connu un grand essor dans les dernières décennies (biochimie, génomique, modélisation informatique, etc.). Elle est aujourd’hui le principal moteur du développement des médicaments.
Traiter la maladie de Parkinson
Dans les années 1950, des chirurgiens suédois pratiquaient des ablations à des endroits précis du cerveau pour réduire les symptômes de la maladie. Une zone cérébrale critique était donc identifiée chez l’homme.
Aux États-Unis, le Dr George Cotzias testait la D.L-DOPA pour tenter de rétablir la fonction d’une zone cérébrale appelée “substance noire” chez des patients. Le Dr Hornykiewicz s’est inspiré de ces études pour mesurer le taux de dopamine sur le cerveau post-mortem de patients atteints de la maladie de Parkinson, ce qui mènera au premier essai clinique de L-DOPA en 1961.
En 1976, un étudiant en chimie s’injecte du MPPP, un opioïde utilisé par des toxicomanes, qu’il avait synthétisé de manière incorrecte. Son injection était contaminée par une autre substance, le MPTP. Trois jours plus tard, il développait des symptômes de la maladie de Parkinson. Après cet accident de laboratoire, un “modèle animal” de la maladie de Parkinson sera trouvé : injecter du MPTP à des singes. Modèle bien imparfait puisque les symptômes sont provoqués sur les animaux de façon brutale alors que la maladie humaine de Parkinson est chronique et d’évolution lente.
Des milliers de singes subiront dès lors l’implantation d’électrodes dans le cerveau, ouvrant la voie à des essais de stimulation cérébrale profonde, une découverte vantée par les défenseurs de l’expérimentation animale. Pourtant, le concept de stimulation cérébrale profonde a été développé dans les années 1960 avec l’utilisation de microélectrodes pour enregistrer l’activité électrique de fibres nerveuses individuelles du thalamus (une structure cérébrale) de patients atteints de la maladie de Parkinson, bien avant la création du modèle singe MPTP (4). Pratiquée sur l’être humain en tant que méthode thérapeutique, la stimulation cérébrale profonde est une intervention chirurgicale non sans risque d’hémorragies, de réactions allergiques ou de déplacement de l’électrode implantée dans le cerveau. De nouvelles approches de stimulateurs cérébraux intelligents sont testées sur des patients humains car il n’y a pas d’alternative capable de s’adapter aux changements de comportement du cerveau de chaque patient au cours du temps ni à l’évolution de la maladie.
Le public est porté à croire que la recherche de traitements représente la meilleure stratégie pour faire avancer la médecine. Mais quand on sait que l’exposition à certains pesticides ou solvants augmenterait de façon significative le risque de développer une maladie de Parkinson, pourquoi négliger la prévention ?
1. Le 24 juillet 2025 : https://blogs.mediapart.fr/andre-menache/blog/240725/devons-nous-lexperimentation-animale-nos-soins-medicaux
2. Le 24 septembre 2025 : https://blogs.mediapart.fr/andre-menache/blog/240925/devons-nous-lexperimentation-animale-plusieurs-prix-nobel-0
3. Le 7 octobre 2025 : https://blogs.mediapart.fr/andre-menache/blog/071025/devons-nous-lexperimentation-animale-les-traitements-de-la-maladie-de-parkinson
4. https://antidote-europe.eu/publications-presse-scientifique/ ; référence N°13 « Commentary: Lessons from the Analysis of Non-human Primates for Understanding Human Aging and Neurodegenerative Diseases « , par André Ménache et Anne Beuter
– Le 16 novembre 2025,
se clôturait la concertation préalable concernant le projet du Centre national de primatologie à Rousset. Parmi les possibilités données au public pour intervenir, la rubrique « avis » permettait d’envoyer des arguments sous la forme d’un texte ne dépassant pas 2.000 caractères. Au total, plus de 2.000 avis ont été publiés, majoritairement défavorables. Nous remercions le sénateur Arnaud Bazin, avec qui nous sommes en contact pour d’autres sujets, qui a envoyé trois « avis » fort pertinents. Nous remercions aussi celles et ceux de nos adhérents qui ont diffusé nos arguments et, pour certains, des liens vers notre site.
Parmi les tout premiers, l’avis d’André Ménache, président d’Antidote Europe, a été publié le 28 octobre en ces termes :
« Le Pr Procyk affirme que le cortex frontal participe à la prise de décision et au comportement de résolutions de problèmes, qu’il est impliqué dans quasiment toutes les maladies psychiatriques et pourrait nous aider à comprendre comment y remédier. Il justifie ainsi l’utilisation de singes pour des études neurologiques et psychiatriques.
Antidote Europe (https://antidote-europe.eu) rappelle que le cerveau du singe n’est pas un modèle réduit du cerveau humain. La localisation et la fonction de certaines aires diffèrent entre le singe et l’homme. Par exemple, les humains ont des aires de transformation visuelle qui n’existent pas chez le singe, la zone visuelle 1 représente 10% du cortex total du singe, mais seulement 3% chez l’homme. Un neurone humain créé entre 7.000 et 10.000 synapses (connexions) alors qu’un neurone de singe rhésus en crée entre 2.000 et 6.000. Bien d’autres exemples de différences pourraient être cités si cette rubrique le permettait.
En raison de la nature multifactorielle de troubles tels que la dépression et l’anxiété, et des ambiguïtés inhérentes au diagnostic et au traitement psychiatriques, l’utilisation de modèles animaux en psychiatrie présente des défis uniques. De quelle utilité peuvent être ces modèles alors qu’il est possible, par l’imagerie médicale, d’étudier le cerveau humain de patients atteints de troubles psychiatriques qui se porteraient volontaires ? Dans les mots du professeur en imagerie Paul Furlong (lors d’une présentation au Parlement européen en 2008) : « Des techniques de neuroimagerie courantes comme la magnétoencéphalographie (MEG) et l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) offrent de réelles opportunités pour remplacer l’expérimentation sur des primates dans les neurosciences cognitives » ».
Le 9 novembre, un « avis » soumis par Anne Beuter, professeure de neurosciences et membre de notre comité scientifique permanent, était publié aussi : « Avis défavorable. Le projet contient tous les éléments de langage et de communication classiques. Le texte montre que le projet proposé est logiquement la meilleure solution pour l’avenir. Je ne rentrerai pas dans une critique sur la forme mais comme neuroscientifique je ferai des remarques sur le fond. Depuis des dizaines d’années la recherche basée sur les animaux est marquée par de nombreuses limitations qui sont bien connues et qui limitent drastiquement les prédictions qu’on peut faire pour les humains. A aucun moment le texte n’aborde la question de la pertinence de ce projet dans un contexte historique ou international. C’est infiniment regrettable pour l’avenir de la recherche en France. Certaines informations contenues dans le texte sont manifestement biaisées (exemple, page 19 sur la stimulation cérébrale profonde) voir Ménache et Beuter (2015) et Beuter (2017). Ce projet avance résolument en sens contraire de l’histoire et arrive a une époque où le pays le plus en avance dans le domaine de la recherche scientifique, médicale (les USA) se détourne des tests réalisés sur les animaux et s’engage vers de nouvelles méthodologies alternatives comme les « organs-on-chips », la modélisation mathématique des maladies, les thérapies dites régénératives,…). Ces méthodes alternatives sont moins couteuses et respectent les principes éthiques qu’on attend de la recherche ce qui est vraiment important. Les USA investissent massivement dans des alternatives plus pertinentes pour l’espèce humaine et proposent aujourd’hui de standardiser les nouveaux modèles « d’organoïds » (structures cellulaires en 3 dimensions qui répliquent la structure et la fonction des organes humains). Ces perspectives vont générer de nombreux emplois en collaboration avec l’industrie. Je comprends que les chercheurs engagés dans la recherche sur les animaux depuis des années voient cette évolution d’un œil inquiet mais il faudra bien se rendre à l’évidence un jour prochain (j’espère). »
Voir toutes les conférences d’Antidote Europe depuis sa création :
